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une femme fatiguée ayant le front posé sur son bureau (fatigue permanente)

Il est sept heures du matin. Le réveil sonne. Vous avez dormi sept, huit, parfois même neuf heures, et pourtant, vous vous sentez déjà épuisée. Vous avez l’impression que votre batterie est presque vide avant même que la journée ne commence.

Alors vous tenez grâce au café. Vous vous forcez à avancer. Vous vous dites que vous récupérerez le week-end ou pendant les prochaines vacances. Mais les semaines passent. Et cette fatigue reste là.

Peut-être vous reconnaissez-vous dans cette situation. Si c’est le cas, j’aimerais vous rassurer immédiatement. Être fatiguée en permanence n’est pas normal.

Certes, nous pouvons tous traverser des périodes plus éprouvantes. Mais lorsque la fatigue s’installe durablement, elle est souvent le signe que notre organisme essaie de nous envoyer un message.

Pendant longtemps, on a résumé la fatigue à un manque de sommeil. En réalité, notre niveau d’énergie dépend d’une multitude de facteurs : notre alimentation, notre système nerveux, nos émotions, notre niveau de stress, notre activité physique, notre sommeil… mais aussi notre capacité à récupérer réellement.

Dans cet article, nous allons découvrir pourquoi vous pouvez vous sentir épuisée alors que vous avez l’impression de faire tout ce qu’il faut. Et surtout, nous verrons pourquoi retrouver son énergie ne consiste pas uniquement à dormir davantage

Vous dormez… mais vous ne récupérez jamais

C’est probablement l’une des situations les plus frustrantes. Vous vous couchez relativement tôt. Vous dormez une nuit complète. Pourtant, le matin, vous avez déjà envie de retourner sous la couette. Beaucoup de personnes pensent alors que leur corps manque simplement d’heures de sommeil. Ce n’est pourtant pas toujours le cas.

Dormir longtemps ne signifie pas forcément récupérer. La récupération est un phénomène beaucoup plus complexe. Pendant la nuit, notre organisme ne se contente pas de « s’éteindre » : Il répare les tissus, il consolide la mémoire, il régule les hormones, il soutient notre système immunitaire, il recharge notre cerveau.

Pour que ces mécanismes fonctionnent correctement, il ne suffit pas de fermer les yeux pendant huit heures. Encore faut-il que notre organisme puisse réellement entrer dans un état de récupération. Or, lorsque nous vivons sous tension permanente, cette récupération devient beaucoup plus difficile.

Certaines personnes ont ainsi la sensation de dormir… sans jamais vraiment se reposer. Elles se réveillent fatiguées. Elles manquent d’énergie toute la journée. Et elles finissent par penser que cet état est devenu « normal ». Il ne l’est pas.

La fatigue n’est pas toujours un manque de sommeil

Lorsque nous parlons de fatigue, nous imaginons souvent une seule et même sensation. En réalité, il existe plusieurs formes de fatigue. Les reconnaître permet déjà de mieux comprendre ce que notre corps essaie de nous dire.

La fatigue physique

une personne qui fatigue en tenue de sport qui s'arrête (fatigue physique)

C’est la plus facile à identifier.

Elle apparaît après un effort important, une maladie ou un manque de sommeil ponctuel. Les muscles sont lourds. Le corps réclame du repos. En règle générale, quelques nuits réparatrices suffisent à retrouver son énergie.

La fatigue mentale

Notre cerveau consomme énormément d’énergie.

Lorsque nous devons prendre des décisions toute la journée, résoudre des problèmes, gérer plusieurs tâches en même temps ou rester constamment concentrés, notre fatigue devient essentiellement cognitive. Nous avons alors du mal à réfléchir, nous oublions certaines choses, notre attention diminue. Et nous avons parfois l’impression que notre cerveau fonctionne au ralenti.

une personne à son bureau qui se tient la tête (fatigue mentale)

Cette fatigue est devenue extrêmement fréquente dans notre société où nous sommes sollicités en permanence.

La fatigue émotionnelle

une personne assise sur un canapé qui s'essuie les yeux (fatigue émotionnelle)

C’est probablement celle dont on parle le moins. Pourtant, elle est très répandue.

Prendre soin de ses enfants, s’occuper de ses parents, répondre aux attentes professionnelles, gérer les imprévus, être disponible pour tout le monde, essayer de ne jamais montrer ses inquiétudes, toutes ces situations demandent une énorme quantité d’énergie.

Petit à petit, les réserves s’épuisent. La personne continue à avancer, mais intérieurement, elle se sent vide. Beaucoup de femmes que j’accompagne me disent : « Je n’ai plus envie de rien. »

Ce n’est pas de la paresse. C’est souvent le signe que leurs ressources émotionnelles sont épuisées.

La fatigue du système nerveux

C’est certainement la forme de fatigue la moins connue. Et pourtant, elle est au cœur de nombreux troubles chroniques.

Lorsque notre cerveau perçoit que nous devons rester constamment vigilants, notre organisme mobilise une grande quantité d’énergie pour maintenir cet état d’alerte, même si nous sommes assis devant un ordinateur, même si nous regardons la télévision, même si nous sommes couchés.

Notre système nerveux continue à fonctionner comme s’il devait faire face à un danger. Cette consommation d’énergie permanente finit par épuiser l’organisme.

un dessin d'un cerveau qui est fatigué

Pourquoi votre organisme reste bloqué en mode « alerte »

Imaginez que votre voiture reste en permanence avec le moteur à 4 000 tours par minute même à l’arrêt, même lorsque vous êtes garée, même pendant la nuit. Combien de temps le moteur tiendrait-il avant de s’user prématurément ? Notre organisme fonctionne un peu de la même manière.

Lorsque nous vivons un stress ponctuel, notre corps mobilise énormément d’énergie pour nous permettre de réagir rapidement. Le rythme cardiaque augmente, la respiration s’accélère, les muscles se préparent à l’action et notre cerveau devient plus vigilant. Cette réaction est parfaitement normale. Elle nous a permis, pendant des milliers d’années, de faire face aux dangers.

Le problème apparaît lorsque cette réaction devient permanente. Aujourd’hui, les menaces ne sont plus des prédateurs. Elles prennent souvent une autre forme :

  • Une charge mentale importante
  • Des difficultés professionnelles  
  • Des problèmes financiers  
  • Des conflits familiaux  
  • Un proche malade
  • Des journées sans véritable pause
  • Ou simplement le sentiment de devoir être parfaite en permanence

Notre cerveau ne fait pas toujours la différence entre un danger physique et une pression psychologique. Il active les mêmes mécanismes de protection. Résultat : notre organisme continue à consommer énormément d’énergie… même lorsqu’il n’en aurait plus besoin.

Petit à petit, les réserves s’épuisent. Et cette fatigue finit par devenir notre quotidien.

Ce que la théorie polyvagale nous apprend sur la fatigue

Depuis plusieurs années, la théorie polyvagale, développée par le professeur Stephen Porges, apporte un éclairage particulièrement intéressant sur cette fatigue qui semble ne jamais disparaître.

Selon cette théorie, notre système nerveux cherche en permanence à répondre à une question essentielle : « Suis-je en sécurité ou suis-je en danger ? »

un point d'interrogation

Cette évaluation est automatique. Elle ne dépend pas uniquement de notre réflexion consciente. Elle est réalisée par un mécanisme appelé la neuroception.

En permanence, notre cerveau analyse :

  • Notre environnement ;
  • Nos sensations corporelles ;
  • Nos émotions ;
  • Nos relations ;
  • Notre état physique.

Si tout semble sécurisé, notre organisme fonctionne de manière optimale : nous digérons mieux, nous récupérons plus facilement, nous réfléchissons avec davantage de clarté, nous ressentons plus d’énergie.

En revanche, lorsque notre système nerveux estime que nous devons rester vigilants, il modifie complètement nos priorités. L’objectif n’est plus de récupérer, mais de nous protéger, même si cette menace est invisible, même si nous sommes simplement assis devant notre ordinateur, même si nous sommes couchés dans notre lit.

Notre organisme continue à fonctionner comme s’il devait rester prêt à réagir et cela demande énormément d’énergie. C’est un peu comme si votre téléphone gardait en permanence toutes ses applications ouvertes, la batterie se vide beaucoup plus rapidement. Il en va de même pour notre système nerveux.

Les autres causes fréquentes d’une fatigue permanente

Bien sûr, le système nerveux n’explique pas tout. Plusieurs facteurs peuvent également entretenir une sensation d’épuisement

Une alimentation déséquilibrée

Notre cerveau représente à lui seul environ 2 % du poids de notre corps. Pourtant, il consomme près de 20 % de notre énergie.

Lorsque notre alimentation est pauvre en protéines, en fibres ou en bons lipides, l’organisme dispose de moins de ressources pour fonctionner efficacement.

À l’inverse, une alimentation très riche en sucres rapides provoque des variations importantes de la glycémie. Après un pic d’énergie survient souvent une baisse brutale, accompagnée d’une sensation de fatigue et d’un besoin de sucre.

Certaines carences nutritionnelles

Certaines vitamines et certains minéraux participent directement à la production d’énergie dans nos cellules. Un déficit en fer, en magnésium, en vitamine D ou en vitamines du groupe B peut contribuer à accentuer la fatigue.

Cela ne signifie pas que chacun doive prendre des compléments alimentaires. En revanche, lorsqu’une fatigue persiste malgré une bonne hygiène de vie, il est important d’en parler avec son médecin afin d’en rechercher la cause.

Le manque de protéines

Les protéines ne servent pas uniquement à entretenir les muscles. Elles apportent les acides aminés indispensables à la fabrication de nombreux neurotransmetteurs, ces messagers chimiques qui permettent à notre cerveau de fonctionner correctement.

Lorsque les apports sont insuffisants, certaines personnes ressentent davantage de fatigue, de difficultés de concentration ou une récupération plus lente.

Veiller à répartir les protéines tout au long de la journée constitue souvent une première étape simple pour soutenir son énergie.

Une activité physique insuffisante

Cela peut sembler paradoxal.

Lorsque nous sommes épuisés, nous avons souvent envie de moins bouger. Pourtant, une activité physique régulière améliore progressivement le fonctionnement cardiovasculaire, stimule les mitochondries (les « centrales énergétiques » de nos cellules) et favorise un sommeil de meilleure qualité.

Il ne s’agit pas de courir un marathon. Une marche quotidienne de trente minutes peut déjà faire une réelle différence

Un sommeil peu réparateur

Dormir longtemps ne garantit pas un sommeil de qualité.

Les réveils nocturnes fréquents, les apnées du sommeil, un coucher très tardif, les écrans avant de dormir ou encore un niveau de stress élevé peuvent empêcher notre cerveau d’atteindre les phases de sommeil les plus réparatrices.

C’est pourquoi deux personnes dormant le même nombre d’heures peuvent avoir un niveau d’énergie totalement différent au réveil.

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces situations, sachez qu’il existe une bonne nouvelle. Notre organisme possède une remarquable capacité d’adaptation. En agissant progressivement sur notre alimentation, notre sommeil, notre niveau de stress et surtout sur notre système nerveux, il est possible de retrouver une énergie plus stable.

Les cinq premières actions pour retrouver progressivement votre énergie

La bonne nouvelle, c’est que votre organisme possède une formidable capacité d’adaptation.

Il ne s’agit pas de tout changer du jour au lendemain. Les transformations les plus durables commencent souvent par de petits changements, répétés chaque jour.

Voici cinq premières actions simples que vous pouvez mettre en place dès aujourd’hui.

Ecoutez votre fatigue au lieu de lutter contre elle

Nous avons souvent appris à ignorer les signaux de notre corps : « Je me reposerai plus tard », « Il faut que je tienne encore un peu », « Je n’ai pas le temps d’être fatiguée »

Pourtant, la fatigue est un signal, pas un ennemi. Comme la douleur ou la faim, elle nous indique qu’un besoin n’est plus suffisamment satisfait.

Au lieu de vous demander « Comment faire disparaître cette fatigue ? », essayez plutôt de vous poser cette question : « Que cherche à me dire mon corps aujourd’hui ? »

Cette simple différence de regard change déjà beaucoup de choses.

Stabilisez votre énergie grâce à votre alimentation

Notre cerveau a besoin d’un apport énergétique régulier. Lorsque les repas sont déséquilibrés ou trop riches en sucres rapides, les variations de la glycémie peuvent accentuer les coups de fatigue.

Essayez progressivement de :

  • Consommer suffisamment de protéines à chaque repas ;
  • Privilégier des aliments peu transformés ;
  • Intégrer davantage de légumes et de fibres ;
  • Boire suffisamment d’eau tout au long de la journée ;
  • Éviter de sauter les repas si cela provoque des fringales ou des baisses d’énergie.

L’objectif n’est pas de suivre un régime. L’objectif est d’offrir à votre organisme les ressources dont il a besoin pour fonctionner durablement.

Accordez à votre système nerveux de véritables pauses

une personne en forêt avec les bras ouverts

Beaucoup de personnes pensent se reposer parce qu’elles s’assoient quelques minutes devant leur téléphone. En réalité, leur cerveau continue à recevoir une multitude d’informations : notifications, actualités, messages, vidéos. Notre système nerveux reste stimulé.

Essayez plutôt de créer plusieurs petits moments de récupération au cours de votre journée : quelques minutes de respiration consciente, une promenade, quelques étirements, le silence, observer un paysage, écouter les oiseaux.

Ces pauses peuvent sembler anodines. Pourtant, elles permettent progressivement à votre organisme de sortir du mode « alerte ».

Bougez, même un peu

Lorsque nous sommes fatigués, nous avons souvent envie de rester immobiles.

Pourtant, un mouvement doux favorise la circulation sanguine, stimule la respiration, améliore l’humeur et soutient la production d’énergie.

deux personnes qui font du vélo

Il n’est pas nécessaire de pratiquer un sport intensif : une marche quotidienne, quelques exercices de mobilité, un peu de jardinage, quelques minutes de danse dans votre salon.

L’important est la régularité.

Retrouvez progressivement un sentiment de sécurité

C’est probablement le conseil le plus important.

Notre système nerveux ne récupère réellement que lorsqu’il perçoit que nous sommes en sécurité. Cette sécurité ne dépend pas uniquement de notre environnement. Elle dépend aussi de ce que nous ressentons dans notre corps.

Plus nous aidons notre organisme à retrouver le calme, plus il devient capable de récupérer. C’est précisément l’un des objectifs de la théorie polyvagale.

Un exercice simple à essayer aujourd’hui

Je vous propose un exercice très facile qui ne demande qu’une minute :

  • Asseyez-vous confortablement
  • Posez vos deux pieds sur le sol
  • Relâchez vos épaules
  • Puis regardez tranquillement autour de vous
  • Cherchez volontairement cinq éléments agréables : une couleur, une plante, une lumière, une photo, un objet que vous aimez
  • Respirez ensuite calmement
  • Inspirez pendant quatre secondes
  • Expirez lentement pendant six secondes.

Répétez cela cinq fois. Cet exercice paraît très simple. Pourtant, il envoie à votre cerveau un message essentiel : « En cet instant, je suis en sécurité. »

Et un système nerveux qui retrouve progressivement ce sentiment de sécurité récupère beaucoup plus facilement.

Mon regard de professionnel

photo de chantal Héaulmé

Depuis plus de vingt-cinq ans, j’accompagne des personnes qui consultent parce qu’elles sont épuisées. Et, très souvent, elles arrivent avec une question : « Qu’est-ce que je peux prendre pour retrouver de l’énergie ? »

Bien sûr, il est parfois nécessaire de rechercher une cause médicale, de réaliser un bilan biologique ou de corriger une carence.

Mais, au fil des années, j’ai constaté que beaucoup de personnes n’avaient pas seulement un problème de vitamines ou de sommeil. Elles vivaient depuis longtemps avec un système nerveux qui ne s’autorisait plus à récupérer.

Elles étaient toujours en train d’anticiper, toujours en train de gérer, toujours en train de penser aux autres avant de penser à elles-mêmes. Certaines me disaient : « Je ne sais même plus ce que signifie me sentir reposée. »

Lorsque nous commençons à comprendre que cette fatigue est parfois le reflet d’un organisme qui essaie de nous protéger depuis trop longtemps, le regard change, la culpabilité diminue, nous cessons de nous battre contre notre corps et nous pouvons enfin commencer à l’aider.

C’est cette approche globale qui me passionne depuis toutes ces années. Parce que retrouver son énergie ne consiste pas seulement à supprimer un symptôme. Il s’agit de redonner à notre organisme les conditions dont il a besoin pour fonctionner sereinement.

Ce que j’aimerais que vous reteniez

Si vous ne deviez retenir qu’une seule idée de cet article, ce serait celle-ci : La fatigue permanente n’est jamais un signe de faiblesse. C’est souvent un signal. Un message que votre corps vous envoie pour attirer votre attention.

Bien sûr, certaines fatigues nécessitent un avis médical et un bilan adapté. Mais, dans de nombreux cas, retrouver son énergie passe aussi par une meilleure compréhension de son système nerveux, de son alimentation, de son sommeil et de son mode de vie.

Votre organisme ne travaille pas contre vous. Depuis toujours, il essaie de vous protéger avec les moyens dont il dispose. Et c’est une excellente nouvelle. Car cela signifie qu’en lui apportant davantage de sécurité, de repos et d’équilibre, vous pouvez progressivement retrouver une énergie plus stable et plus durable.

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3 commentaires

  1. J’ai trouvé très juste votre distinction entre dormir et réellement récupérer. On peut parfois accumuler les heures de sommeil sans jamais avoir la sensation de recharger ses batteries, surtout lorsque le mental reste en tension permanente. Votre article rappelle aussi quelque chose d’essentiel : la fatigue n’est pas seulement un problème à faire taire, elle peut être une information à écouter. Cela change complètement la manière de l’aborder.

  2. J’ai traversé une grande fatigue nerveuse il y a quelques années : trop de stress et de charge mentale. J’ai appris à ralentir, à me connecter à mes vrais besoins et à lâcher prise. Ce qui m’a sauvé, c’est de mettre en place une routine : horaires de sommeil et de repas réguliers, marche après le repas du midi, pauses, sport doux. Cela demande une vraie discipline.
    Mais on gagne tellement à prendre soin de soi.

    1. Bravo et merci pour ce retour d’expérience
      Tu as réussi à trouver les ressources qui ont permis la régulation de ton système nerveux

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